Entre la perspective de taux d’intérêt en baisse, la poursuite d’un rally sur les actions et le durcissement des garde-fous autour des crypto-actifs, le début de 2026 s’annonce comme une phase charnière pour les investisseurs. Les mêmes variables , inflation, emploi, liquidité et réglementation , continuent de relier des marchés qui semblent pourtant évoluer à des vitesses différentes.
Le fil conducteur est simple: quand les taux se détendent, la valorisation des actifs risqués respire; quand la surveillance réglementaire s’intensifie, certaines poches de risque se re-pricent, surtout en crypto. Dans ce paysage, une lecture « multi-actifs » devient indispensable pour arbitrer entre rendement, volatilité et conformité.
1) Taux en baisse: un scénario 2026 qui se précise aux États-Unis
Selon le scénario macro « officiel » du Congressional Budget Office (CBO), la Réserve fédérale américaine commencerait à réduire ses taux directeurs en 2026, avec une trajectoire de baisse qui se prolongerait vers 2028. Cette projection installe l’idée que le pic de politique monétaire restrictive est derrière nous, même si le calendrier exact reste dépendant des données.
Point crucial: le CBO projette en parallèle des rendements longs (notamment le 10 ans) qui resteraient élevés. Autrement dit, même si les taux courts baissent, la prime de terme et les anticipations sur la croissance/inflation peuvent maintenir une « tension » sur la courbe. Pour les portefeuilles, cela signifie que le risque de duration n’est pas automatiquement effacé par une Fed plus accommodante.
Cette coexistence , baisse des taux directeurs, rendements longs résistants , est typique des phases de transition. Elle favorise parfois les actifs risqués via l’amélioration des conditions financières, tout en rappelant que le coût du capital à long terme peut rester exigeant pour les secteurs les plus endettés ou les valorisations très longues.
2) À la Fed, un débat qui sort au grand jour: jusqu’à 150 pdb de baisses?
Le débat interne à la Fed s’est aussi exprimé publiquement. Le gouverneur Stephen Miran a déclaré viser environ 150 points de base de baisses de taux « cette année » (2026), en liant sa position à une inflation « sous-jacente » qu’il juge proche de la cible. Ce type de prise de position influence les anticipations, car il donne de la texture à ce qui n’était parfois qu’un scénario de marché.
Pour les investisseurs, le signal n’est pas seulement l’ampleur (150 pdb), mais la condition: la convergence de l’inflation sous-jacente vers un niveau compatible avec l’objectif. En clair, le marché scrute autant le “quoi” (les baisses) que le “pourquoi” (désinflation durable), car c’est ce qui détermine si l’assouplissement est « sain » ou imposé par un ralentissement plus marqué.
Ce débat a aussi un effet mécanique sur la structure des portefeuilles: il renforce l’attrait relatif des actifs sensibles aux taux (small caps, immobilier coté, crédit) tout en obligeant à gérer le risque de scénario (retour d’inflation, choc énergétique, ou conditions financières trop accommodantes).
3) Marchés et emploi: pourquoi avril 2026 devient une date « surveillée »
Reuters rapporte que des estimations de marché, notamment autour d’un chômage à 4,6% en décembre, alimentent l’idée que la Fed pourrait couper davantage que prévu. Cette lecture relie directement la trajectoire du marché du travail à une probabilité implicite de baisse de taux plus élevée d’ici avril 2026, selon le « pricing » cité.
Ce point est important car le marché s’autorise souvent à anticiper la banque centrale. Si les indicateurs d’emploi se détériorent , ou simplement se normalisent rapidement , la logique de gestion du risque macro incite à prévoir des baisses plus tôt, même si le discours officiel reste prudent. L’écart entre guidance et pricing devient alors une source de volatilité.
Dans ce contexte, chaque publication sur l’emploi (créations de postes, salaires, participation) peut déplacer à la fois les taux et les actions. Et cet effet de « chaîne » se transmet aux autres actifs: dollar, matières premières… et crypto, notamment via le canal de la liquidité et de l’appétit pour le risque.
4) Banques centrales: la « fin de cycle » d’assouplissement se dessine fin 2025
Une synthèse Reuters (republiée) indique que plusieurs grandes banques centrales ont signalé une inflexion, voire une fin de cycle d’assouplissement fin 2025. Le tableau est moins uniforme qu’il n’y paraît: la Banque du Japon est décrite comme allant vers une hausse, la BCE vers une pause, la BoE reste prudente, tandis que la Fed est plutôt orientée vers des baisses en 2026.
Cette divergence de politiques monétaires est un moteur classique de mouvements de change et de flux d’investissement. Elle peut créer des opportunités (carry, arbitrages de valorisation), mais aussi des risques de corrélation surprise si les marchés réévaluent brutalement une trajectoire (comme lorsqu’un changement au Japon déstabilise obligations, actions et actifs numériques).
Pour les actions mondiales, l’enjeu est de savoir si l’environnement global devient « moins restrictif » en moyenne, ou simplement plus dispersé. En pratique, la dispersion augmente l’intérêt d’une allocation géographique/sectorielle active, plutôt que d’un pari directionnel unique sur « les taux ».
5) Actions en hausse: le rally porté par la détente des craintes de taux
Reuters (via Zonebourse) décrit une séance de décembre 2025 où les actions mondiales montent, tandis que les obligations et le bitcoin se stabilisent après un choc lié à la perspective d’une hausse des taux au Japon. Cette séquence illustre un réflexe de marché: une fois le pic d’inquiétude passé, les investisseurs reviennent sur le risque, surtout si les scénarios de hausse de taux deviennent moins menaçants.
Ce type de rally n’est pas uniquement émotionnel. Il repose souvent sur la mécanique de valorisation: des taux anticipés plus bas réduisent le taux d’actualisation, ce qui soutient les multiples, en particulier pour les entreprises de croissance. Mais la stabilisation des obligations signale aussi que le marché cherche un nouvel équilibre plutôt qu’une euphorie pure.
À court terme, cela favorise les stratégies « risk-on »; à moyen terme, cela impose de distinguer les hausses dues à l’amélioration des fondamentaux (croissance des bénéfices) de celles dues au seul effet de taux. Dans un monde où le 10 ans reste potentiellement élevé (projection CBO), cette distinction devient déterminante.
6) 2026: après le cycle IA, place au « value hunting »… avec les taux comme carburant
Reuters indique que certains investisseurs envisagent 2026 comme une année de « value hunting » après un fort cycle lié à l’IA, tout en gardant l’idée que des baisses de taux attendues , notamment de la Fed , pourraient soutenir plusieurs segments. Cette rotation potentielle est cohérente avec une phase où la politique monétaire devient moins restrictive, mais où les valorisations des gagnants précédents paraissent déjà exigeantes.
Les baisses de taux (ou même leur anticipation) tendent à aider les small caps, certains dossiers value, et des poches de crédit plus sensibles au coût de refinancement, y compris le high yield (HY) , à condition que l’assouplissement ne soit pas le symptôme d’une récession profonde. Le marché marche donc sur une ligne étroite: souhaiter des taux plus bas, sans dégradation trop nette des profits.
Pour l’allocation, la question pratique devient: rotation progressive ou bascule brutale? Un scénario de baisse de taux « ordonnée » encourage la diversification et l’élargissement du rally. Un scénario de baisse « défensive » (emploi qui se dégrade vite) peut au contraire pénaliser les segments cycliques et mettre en avant la qualité de bilan.
7) Crypto sous surveillance: MiCA, ESMA et le nouveau standard de l’intégrité de marché
En Europe, la crypto est clairement « sous surveillance » au sens réglementaire. L’ESMA a publié des lignes directrices de supervision visant à prévenir et détecter les abus de marché dans le cadre de MiCA. L’approche est dite « risk-based » et tient compte de la nature transfrontalière des crypto-actifs et de l’influence des réseaux sociaux sur les mouvements de prix.
Le message est double: d’un côté, MiCA installe des règles uniformes (transparence, disclosure, autorisation et supervision) pour renforcer l’intégrité des marchés et, plus largement, la stabilité financière. De l’autre, la surveillance s’organise avec des attentes plus concrètes pour les acteurs: dispositifs de détection, gouvernance, gestion des conflits d’intérêts, et vigilance sur la manipulation.
Dans le même temps, les trois autorités européennes (EBA, EIOPA, ESMA) ont publié un avertissement conjoint rappelant que les crypto-actifs peuvent être risqués et que la protection juridique dépend des cas. Elles recommandent notamment de vérifier l’autorisation du prestataire dans l’UE , un réflexe qui devient central à mesure que l’offre se professionnalise.
8) États-Unis: clarification sur les stablecoins et poussée des ETF , institutionnalisation encadrée
Côté américain, un article rapportant une position/clarification du staff de la SEC indique que la plupart des stablecoins « paiement » , selon des critères et conditions spécifiques , ne relèveraient pas du droit des valeurs mobilières. La nuance est essentielle: la définition évoquée est étroite et pourrait exclure certains modèles (selon la structure des réserves, les promesses de rendement, ou d’autres caractéristiques).
Cette clarification, même limitée, participe à rendre le cadre plus lisible pour des usages de paiement et de règlement. Mais elle ne signifie pas absence de contrôle: elle dessine plutôt des frontières, avec des zones grises persistantes pour les stablecoins plus complexes. Pour le marché, la lisibilité réglementaire tend à réduire une partie du risque juridique, sans éliminer le risque opérationnel ou de liquidité.
Dans le même esprit d’institutionnalisation « sous cadre », Reuters rapporte que Morgan Stanley a déposé auprès de la SEC des dossiers pour des ETF liés au bitcoin et à solana (janvier 2026). Cela illustre une dynamique: l’intégration progressive de la crypto dans la finance traditionnelle, mais via des véhicules régulés, avec reporting, garde, et exigences de conformité plus strictes.
Au total, le triptyque « taux en baisse, actions en hausse, crypto sous surveillance » résume une transition: la liquidité redevient un soutien, les actions tentent d’élargir leur rally, et la crypto avance vers une phase plus institutionnelle , mais avec des contraintes plus fortes. Les projections du CBO, les débats à la Fed et le rôle du marché du travail convergent vers l’idée d’un assouplissement en 2026, sans promettre un retour simple au monde des taux zéro.
Pour naviguer 2026, la discipline consiste à relier les points: trajectoire des taux courts vs rendements longs, divergence des banques centrales, rotations sectorielles post-IA, et montée des standards réglementaires (MiCA en UE, clarifications SEC aux États-Unis). Le risque n’est pas seulement la volatilité; c’est de se tromper de régime , monétaire, boursier ou réglementaire , au moment même où ces régimes changent.

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